Lettre ouverte à Madame la ministre Cina LAWSON (Part.2)

Madame le Ministre,

A l’instar du blogueur émérite Cyrille Nuga, je viens par la présente, vous présenter un point de vue de technicien, désireux d’apporter une contribution au fonctionnement de la cité. N’est-ce pas d’ailleurs le but que doit poursuivre tout citoyen qui sent la fibre patriotique vibrer en lui ? Par respect et par civilité, les mots qui seront utilisés dans les prochaines lignes ont été choisis avec soin, voire même avec minutie. Vous incarnez une partie des institutions de la République qui m’a vu naître et grandir. Si je vous fais violence verbale, je ne le fais finalement qu’à moi-même. Le Togo c’est vous, c’est moi, et les autres comme vous et moi réunis par le dénominateur commun de la nationalité.

Ma démarche ne consistera qu’à m’interroger, devant vous-même et les autres Togolais, sur l’accès à l’internet dans notre pays. Les voisins de l’Ouest, de l’Est et même des autres territoires plus éloignés, y accèdent mieux que nous et à petit prix. On a l’impression même que parfois, ils s’y complaisent, ils s’y relaxent, ils s’y couchent pendant que le stress de l’attente insupportable nous envahit, nous dont le pays était pourtant hissé au rang de pionnier de l’internet dans la sous-région depuis 1997.

 Il y a deux raisons qui peuvent justifier une connexion internet anémiée :

– Soit parce que le débit souscrit par le FAI (Fournisseur d’Accès Internet) auprès de l’opérateur en amont (donc dans notre cas, le propriétaire du câble sous-marin) n’est pas bon.

– Soit parce que les équipements de distribution et d’accès du FAI souffre d’une vétusté criarde.

Dans le premier cas, on se souviendra qu’une connexion sur le câble sous-marin WACS a été effectuée voici quelques années. Connexion inaugurée, si mes souvenirs sont bons, par le Président de la République. Il est dit partout sur internet que ce câble sous-marin fournit de l’internet à 5,12tbps (térabits par seconde). En ce sens, les 14 pays qui s’y connectent doivent pouvoir récupérer une connexion internet en dizaine, voire centaine de gigabits.

L’historique du câble, tel qu’il est raconté par l’encyclopédie en ligne, Wikipédia, dit d’ailleurs que le Togo fait partie des premiers pays à s’y connecter directement. Il est donc difficile de dire que la liaison internet fournie à notre pays soit défectueuse. Il serait donc judicieux de se tourner vers le cas plus probant de la vétusté du matériel de distribution et d’accès.

Il va donc être aisé de pointer le doigt accusateur, sur l’obsolescence avancée des infrastructures techniques de l’opérateur Togo Télécom. Il n’est un secret pour personne que l’internet a été transporté et distribué par Togo Télécom par ses installations de transport et de distribution du Réseau Téléphonique Commuté (RTC). A l’instar de CAFE INFORMATIQUE, pionnier en matière de distribution d’internet au Togo par faisceau hertzien, toute la connexion internet connue sous le fameux nom d’ADSL a été greffé (ce qui est normal) sur la téléphonie fixe depuis les années 2000.

Réseau téléphonique qui n’a lui-même connu aucune évolution depuis la vulgarisation des branchements téléphoniques au milieu des années 90.

Cela n’étonne personne que les câbles de distribution tirés avec les poteaux dans certains quartiers de Lomé n’aient jamais été remplacés, et que les Points de Concentration (PC), ces petits boîtiers de distribution de ligne fixés sur les poteaux, aient vu leurs connecteurs métalliques attaqués par du vert de gris dû aux intempéries. Là encore, leur remplacement était fait à compte-goutte.

Il est légitime de s’interroger sur l’état des équipements au centre des réseaux de Togo Télécom ; équipements chargés de la distribution logique (ou informatique) : segmentation de bande passante, gestion des débits vers les abonnés, etc. Si l’infrastructure (câblages, points de concentration, chambres de répartiteurs dans nos quartiers) en aval souffre de vétusté, n’y aurait-il pas de grandes chances qu’en amont, les routeurs à haute vélocité pour le partage de la connexion internet aux abonnés soient eux-mêmes trop anciens pour faire de la distribution de manière efficiente ?

Puis-je supputer à partir de ce moment, Madame la Ministre, qu’aucune planification n’ait été faite pour le remplacement des équipements de gestion de la téléphonie et de l’internet, depuis la mise sur pied des infrastructures afférentes ? Il s’agit d’ailleurs d’un triste constat dans bien de domaines dans nos pays africains. Distribution électrique, adduction d’eau, réseau routier sont des secteurs qu’on abandonne et qu’on laisse aller à un état de pourrissement avancé, sans aucun entretien, sans aucune mesure d’accompagnement, ni planification d’entretien et de remplacement pour préserver les infrastructures en l’état. Les lotissements des nouveaux quartiers se font sans qu’on ne pense à prévoir l’installation des postes de transformation électrique et des châteaux d’eau (station de pompage d’eau potable). Les télécoms dans notre pays ont été à l’image de ces secteurs-là, grabataire, allant, voguant et sombrant tel un embarcadère prêt à couler.

Il faut encore se demander si le projet Illico, censé couvrir la demande sans cesse croissante d’abonnements à la téléphonie fixe, n’a pas porté un coup fatal à ce secteur au Togo.

Au moment où il fallait procéder aux extensions filaires dans les quartiers de Lomé et d’autres villes du Togo, Illico est apparu comme un palliatif paresseux prenant aujourd’hui l’allure d’un échec patent, voire même d’un éléphant blanc. Basée sur la technologie CDMA déjà obsolète dans nombre de pays occidentaux à l’époque de son acquisition au Togo, Illico a été porté à coup de marketing agressif.

Des stars locales furent associées au coup de communication qui apparaît aujourd’hui tel un coup d’épée dans l’eau. On n’avait pas besoin d’encourager les Togolais à utiliser deux terminaux mobiles, l’un donnant l’accès au GSM, et l’autre au CDMA alors qu’ils rempliraient au finish la même fonction. Paradoxalement, alors même qu’on investissait lourdement sur ce projet non-viable, les infrastructures qui transportaient et distribuaient efficacement internet au centre des réseaux de Togo Télécom, ont été laissé à eux-mêmes. C’est à se demander si les choix sont véritablement faits pour le bien-être de nos populations ou pour les commissions et autres rétro-commissions des porteurs de projet.

Aujourd’hui, donc, l’internet est essouflé, asthmatique même parce que les équipements chargés de le distribuer sont mal en point. Il faut donc les remplacer. La grande question est : où trouver l’argent ? Pourquoi l’Etat irait-il renflouer les caisses d’une société d’Etat alors même que d’autres projets de développement attendent d’être soutenus : agriculture, développement à la base, infrastructures routières, santé, éducation etc. ? Au vu des erreurs commises dans les précédents choix de projets coûteux de Togo Télécom, les institutions financières et autres banques de développement seront-elles prêtes à octroyer des lignes de crédit pour remettre sur pied les infrastructures techniques de Togo Télécom ?

Peut-être faut-il penser à un emprunt obligataire ? Peut-être faut-il expliquer aux parlementaires, grands votants des lois de finance, l’importance de l’accès à internet dans un pays pour qu’ils acceptent ceindre et saigner un peu de la bourse des autres secteurs de développement pour appuyer les rénovations technologiques que Togo Télécom attend ?

Enfin, l’idée d’accorder des licences à des opérateurs internet privés pour favoriser la concurrence dans le domaine, est-elle la bienvenue ? Où l’opérateur trouvera-t-il sa matière première internet pour la redistribuer à ses abonnés ? Le trouvera-t-il à un prix assez préférentiel, de telle sorte à pouvoir offrir une tarification préférentielle aux abonnés ? La création des Café Informatique bis est-elle la solution quand on sait que cette société privée n’offre pas une qualité de service si différente de celle de Togo Télécom ? et que le rapport qualité/prix est le même chez ces deux fournisseurs ?

Madame la Ministre, voici quelques inquiétudes d’observateur avisé de la chose numérique, telle qu’elle se déroule et se comporte dans notre pays. Je suis de ceux qui pensent que les personnes comme vous à des postes comme le vôtre ne peuvent faire autrement que d’arriver à faire avancer les choses. Ce n’est parfois qu’une affaire de point de vue, ou de questions pertinentes pour faire voir d’autres perspectives autrement.

One Reply to “Lettre ouverte à Madame la ministre Cina LAWSON (Part.2)”

  1. Très bon travail de documentation et de présentation de la situation, tout cela dans une belle plume d’écriture et de respect !
    Chapeau pour ce travail, je te souhaite une bonne continuation et espérons vivement, que le 228 évolue dans sa gestion du numérique dans ce monde de web 2.0, qui va si vite vers le 3.0.
    Au plaisir de te relire.

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