Lettre ouverte à Madame la ministre Cina LAWSON (Part.1)

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Madame la Ministre des Postes et de l’Economie Numérique,

J’ai l’honneur (le devoir) de venir par cette lettre, vous soumettre quelques inquiétudes et préoccupations. Vous êtes une Ministre de la République et un certain respect me semble être dû à votre fonction. Je n’ai pas eu le privilège de faire votre rencontre (je ne sollicite d’ailleurs pas une rencontre), je ne vous connais pas personnellement.

Je n’ai donc aucun grief d’ordre privé à votre encontre. Les problèmes que je m’en vais soulever dans cette lettre sont totalement destinés à la Ministre de la République que vous êtes.

Madame la Ministre, j’aime me définir comme un amoureux d’internet et des Tic, ceci depuis toujours. La lecture d’un article la semaine dernière m’a appris que c’était devenu sexy. Je n’oserai cependant pas dire que je suis un Geek à part entière, mes connaissances en Informatique étant limitées. Juriste et Cyber juriste de formation, je suis aussi et surtout un Social Media Manager, en plus de mes nombreuses autres casquettes. Pour cette lettre donc, j’ai choisi joindre ma voix à celle d’un véritable Geek, Eteh ADZIMAHE. Je m’évertuerai donc à parler des difficultés que je vis, dans ma chair de profane, Eteh ADZIMAHE vous donnera son avis de spécialiste des technologies de l’information et vous fera des propositions (si vous nous le permettez).

Madame la Ministre, à votre nomination en 2010 au poste de Ministre des Postes et Télécommunications (depuis le 17 Septembre 2013, Ministère des Postes et de l’Economie Numérique), peu de gens le savent, j’étais un de vos supporter les plus fervents, un des plus enthousiastes. L’instinct grégaire, votre jeunesse, votre Curriculum Vitae, l’environnement politique d’alors, tout plaidait en votre faveur. J’ai depuis longtemps, il faut l’avouer déchanté.

Oui, Madame la Ministre, il faut reconnaître que de tout le gouvernement réuni (je parle au présent), vous êtes une des politiciennes les plus redoutables. Votre communication, en la forme du moins est très huilée, vos apparitions le plus souvent calculées, vous disposez d’un compte Twitter certifié (ce qui justifie que vous me parliez personnellement), vous disposez d’un Blog personnel (les sites et fonctions officiels passent, il faut l’avouer. Je me demande juste pourquoi le .com à la place du .tg). Oui Madame la Ministre, en la forme, vous maîtrisez les rouages de la communication, le minimum du moins. Je ne me perdrai pas en ces considérations, tel n’est point le but de cette lettre.

En revenant au sujet de cette lettre, Madame la Ministre, je me permets humblement de vous dire, qu’au niveau de votre portefeuille ministériel, peu de choses vont. Oui, il y a eu du mieux, un léger mieux. Je racontais récemment à des amis que depuis la Bibliothèque de la Faculté de Droit de l’Université de Lomé, j’ai pu suivre en direct et via Periscope, pendant quelques minutes au moins un colloque sur la Réforme du Droit des Contrats. Oui, c’était un moment rare d’enrichissement intellectuel. C’est là où le bât blesse, Madame. En 2016, à mon avis, pouvoir suivre un colloque, depuis sa chambre à coucher, si on le désire, ne devrait pas être miraculeux, cela devrait être la norme.

En tant qu’adulte, et accessoirement enseignant, nous nous plaignons souvent du fait que les élèves et étudiants passent plus de temps sur Whatsapp et Facebook que sur des pages « éducatives ». La vérité cependant est que quel que soit le débit de connexion dont on dispose, Whatsapp demeure accessible. Un site éducatif peut ne pas charger, on peut même y passer la nuit. Devant ce constat, qui blâmer ? Ne blâmons pas l’outil, blâmons l’usage qu’on en fait me répondront certains.

Autre chose, Madame la Ministre, le film d’horreur qui fait sensation à Lomé s’intitule « Mo », comme dans Mégaoctets. Un fichier qui « pèse » plus d’1 Mo nous rend malades, et nous fait pousser des cris car il met un temps fou à la réception comme à l’envoi. Croyez-moi, c’est loin d’être commode et c’est surtout très handicapant.

Je me suis laissé dire, Madame la Ministre, que la future ex ARTP avait estimé à 197,6 milliards des francs des colonies françaises d’Afrique, le bénéfice provisoire généré par Internet en 2015. Cela me semble fort louable. J’aimerais cependant, attirer votre attention sur ce que ce bénéfice aurait pu être en dehors des coupures intempestives, arbitraires et inopinées d’Internet. Pour ces 197,6 milliards de bénéfices, Madame, à combien s’élèvent les pertes des usagers que nous sommes ? Je m’interroge également sur la fiabilité (viabilité) de ces chiffres. Dans un pays où on ne dispose pas de statistiques fiables et où la division est l’opération mathématique la mieux maîtrisée, promue même, comprenez, Madame que j’ai du mal à y croire.

Il y a, Madame la Ministre, rupture d’égalité lorsque deux citoyens togolais ou étrangers, payant la même somme d’argent n’obtiennent pas les mêmes services. Je m’explique Madame. Pour un même forfait internet de 11.800 F, mon ami K. vivant à Kégué est en mesure de charger des vidéos et de faire ses mises à jour alors que moi, vivant à Wognomé, je ne suis même pas en mesure d’avoir accès à ma boîte électronique. Les démarcheurs et autres promoteurs immobiliers se transforment d’ailleurs à l’heure actuelle en de véritables ingénieurs télécom, la fluidité de la connexion étant devenue un critère de sélection, au même titre que le nombre de chambres, la qualité des sanitaires etc. Internet, Madame, je ne vous l’apprends pas est un droit de l’Homme.

Le SMIG dans notre pays, Madame s’élève à 35.000 F. Pour pouvoir faire face à tous types d’aléas, Madame la Ministre, certains d’entre nous sont obligés de souscrire aux forfaits internet des deux opérateurs « Leader », Togocel et Togotelecom (Moov n’étant pour le moment pas une alternative crédible et le troisième opérateur attendant le retour de Jésus pour être annoncé).

Il nous arrive cependant qu’en dehors de ces forfaits minimum s’élevant à 16.800 F.CFA, nous soyons obligés de nous rendre dans des cybercafés pour des besoins ponctuels. Le véritable problème, Madame, c’est qu’en dépit des coûts qui selon les bourses peuvent paraître élevés, la qualité n’est pas au rendez-vous. Un forfait de 45.000 FCFA ne constitue nullement la garantie d’un débit satisfaisant.

Madame la Ministre, nos compatriotes quittent notre pays tous les jours par centaine. Ils s’en vont parce qu’ils désirent de meilleures conditions de vie, faire de meilleures études, s’offrir un meilleur avenir.

Certains s’en vont parce qu’ils n’ont véritablement plus le choix, notre pays peut être (est) désespérant, déprimant. Le plus cruel c’est que peu de ces personnes qui s’en vont pensent à rentrer au pays. Certaines de ces personnes ne rentrent pas s’installer tout simplement parce qu’Internet leur est vital. De plus, Madame, le Togo est l’un des rares pays au monde à créer des « immigrés du web » (diaspora du web). Qui sont-ils ? Des compatriotes qui traversent (ou se rapprochent) de la frontière du Ghana ou du Bénin pour avoir accès à un débit digne de ce nom et ainsi vaquer à leurs occupations professionnelles.

Nous avons, Madame, multiplié les appels au secours, nous avons même créé un tag pour vous tenir au courant des difficultés que nous vivons, vous êtes avant tout et surtout « notre » Ministre Madame, en charge de trouver des solutions à nos préoccupations. J’ai cependant l’impression, Madame, que tout ceci par moment vous indiffère. Vos réponses à nos préoccupations, vos sorties apportent la plupart du temps, tout sauf des réponses satisfaisantes.

Je ne saurais finir cette lettre, Madame, sans vous dire ceci. Par souci d’honnêteté, je vous conseillerai, Madame la Ministre, de réorienter votre communication autour de la réalité de la situation. Une évaluation objective et vraie de la situation à l’endroit des divers usagers de vos services. Quel est l’état réel des installations ? Quid de la fibre optique ? Combien d’années nous séparent encore d’un débit acceptable ?

Toute une génération, Madame la Ministre compte sur vous, au fond a-t-elle le choix ? Ne les laissez pas perdre plus espoir. Le risque Madame, si les choses n’évoluent pas, c’est que toute cette génération empêchée de rêver (Internet est une porte ouverte sur le monde et pas que ça), ne finisse par vous empêcher de dormir, ce qui n’est véritablement pas un souhait.

Recevez, Madame la Ministre, en même temps que cette lettre, l’expression de ma plus haute considération.

7 thoughts on “Lettre ouverte à Madame la ministre Cina LAWSON (Part.1)

  1. Bien dit mon frère! Je suis parfaitement d’accord. Franchement, la ministre doit prendre ses responsabilités et agir véritablement car on en a plus que marre de cette situation au Togo .

  2. Je suis fasciné par la qualité de la plume. Cela me rend très fier de voir un blog d’une telle qualité venant du 228 (la pagination et la qualité d’écriture), surtout avec les difficultés d’accès à internet, telles que mentionnées dans ce billet.
    Franchement, je suis très fier de toi mon ancien camarade de lycée ! Still work hard and do your best to improve your level !
    Best regards.

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